Le matcha : ce que c'est, d'où il vient, comment on le boit

Le matcha : ce que c'est, d'où il vient, comment on le boit

Du thé vert en poudre, fouetté à la commande au comptoir et vendu en boîte. Huit siècles d'usage, et une mode qui a pris de court la production japonaise.

On sert du matcha tous les jours, et la question qui revient le plus souvent au comptoir n'est pas laquelle prendre : c'est ce que c'est. Voici la réponse longue.

Le point de départ

Qu'est-ce que le matcha ?

Le matcha est du thé vert réduit en poudre, et bu en entier. C'est ce qui le sépare de tous les autres thés : ailleurs on fait infuser des feuilles puis on les jette, ici on avale la feuille elle-même, en suspension dans l'eau.

Il vient d'une feuille cultivée exprès pour ça, le tencha. Les théiers sont couverts trois à quatre semaines avant la récolte, ce qui prive la plante de lumière et la pousse à produire davantage de chlorophylle et d'acides aminés. D'où la couleur, franchement verte, et le goût, épais et végétal plutôt qu'astringent.

Après la récolte, les feuilles sont étuvées, séchées, débarrassées de leurs nervures et de leurs tiges, puis broyées entre deux meules de granit. La meule tourne lentement, autour de 30 tours par minute, pour ne pas chauffer la poudre : il faut environ une heure pour obtenir 30 grammes de matcha.

Huit siècles

D'un monastère chinois aux maisons de thé de Kyoto

La poudre de thé fouettée naît en Chine sous la dynastie Song. Elle arrive au Japon en 1191 avec le moine Eisai, qui rapporte des graines et la méthode de préparation, et l'installe dans les monastères zen : le thé y sert à rester éveillé pendant de longues heures de méditation.

La Chine finira par abandonner le thé en poudre au profit des feuilles infusées. Le Japon, lui, le garde et en fait autre chose. Au XVe siècle, Murata Jukō déplace le thé des salons d'apparat vers une petite pièce dépouillée. Au XVIe, Sen no Rikyū en fixe la forme qu'on connaît encore, le wabi-cha : peu d'objets, choisis, et une attention portée au geste plutôt qu'au décor. Les trois écoles qui structurent encore la pratique aujourd'hui descendent de lui.

Chanoyu

La cérémonie, et ce qu'elle demande

Le chanoyu (la cérémonie du thé) n'est pas une dégustation. C'est une séquence de gestes réglés, où l'hôte prépare le thé devant ses invités, et où le temps que ça prend fait partie du sujet. Rikyū la résume en quatre mots : wa, kei, sei, jaku. Harmonie, respect, pureté, tranquillité.

Trois objets suffisent. Le chasen, un fouet taillé dans un seul morceau de bambou, dont les brins se comptent par dizaines. Le chashaku, une cuillère de bambou courbée à la vapeur. Le chawan, le bol, qu'on tourne avant de boire pour ne pas poser les lèvres sur sa face décorée.

Usucha et koicha

Deux préparations, pas deux qualités. L'usucha est léger, fouetté jusqu'à la mousse, c'est celui qu'on boit tous les jours. Le koicha est trois à quatre fois plus concentré, malaxé plutôt que fouetté, et sert dans les cérémonies longues. Un matcha vendu comme cérémonial doit pouvoir faire les deux.

Depuis 2020

La génération qui a fait exploser la demande

Le matcha a changé de public. Il est sorti de la maison de thé pour entrer dans les cafés, en latte, glacé, sur de la glace pilée, et il y est arrivé par les réseaux plutôt que par les salons de dégustation : sa couleur passe bien à l'écran, et une génération qui boit moins d'alcool et cherche autre chose que de l'espresso s'en est emparée.

Cette demande a dépassé la production. Le tencha se récolte une fois par an, au printemps, et un théier met des années à entrer en production : l'offre ne se rattrape pas en une saison. Depuis 2024, plusieurs producteurs de Uji et de Nishio rationnent leurs clients et plafonnent les commandes, et les prix du tencha en enchères ont nettement monté. C'est aussi pour ça qu'un matcha de cérémonie coûte ce qu'il coûte.

Le revers, c'est la confusion. Beaucoup de poudres vendues comme matcha sont du thé vert broyé au moulin industriel, sans ombrage ni tri des nervures. Ça se voit à l'œil, la couleur tire vers le kaki, et ça se sent à la bouche, qui devient sèche.

Composition

Ce qu'il y a dans un bol

Boire la feuille entière plutôt que son infusion change ce qu'on ingère. Un bol d'usucha se prépare avec 2 grammes de poudre, soit toute la feuille, là où une infusion n'extrait qu'une partie de ses composés.

Le matcha contient de la caféine, entre 30 et 70 mg pour 2 grammes selon la qualité et la préparation, à peu près la moitié d'un espresso. Il contient aussi de la L-théanine, un acide aminé que l'ombrage avant récolte fait augmenter, et des catéchines, dont l'EGCG. La chlorophylle produite à l'ombre est ce qui donne la couleur.

Nous n'allons pas plus loin que la composition. Les allégations de santé sur les denrées alimentaires sont encadrées en France et dans l'Union européenne, et nous ne publions que ce qui est vérifiable sur l'étiquette.

En pratique

Préparer un usucha chez soi

Il faut de l'eau autour de 70 à 80 °C, jamais bouillante : au-delà, les catéchines dominent et le bol devient amer. Comptez 2 grammes de matcha, soit deux cuillères de chashaku, pour 70 ml d'eau.

Tamisez la poudre, sinon elle fait des grumeaux qu'aucun fouet ne rattrape. Versez un fond d'eau, travaillez en pâte, ajoutez le reste. Fouettez en W rapides, du poignet et non du bras, une quinzaine de secondes, jusqu'à une mousse fine et régulière. Buvez tout de suite : la poudre retombe en une minute.

Pour un latte, montez la dose à 3 grammes, parce que le lait couvre.

Voir notre matcha de cérémonie

Chez nous

Le matcha, au comptoir et en boîte

On fouette le matcha à la commande, chaud ou glacé, au comptoir du 133 rue Saint-Denis. C'est la même poudre que celle vendue en boîte : ce qu'on sert, on le vend.

Si vous hésitez, commencez par un bol sur place. Un matcha de cérémonie est un achat qu'il vaut mieux goûter avant.

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Questions fréquentes

Quelle différence entre matcha de cérémonie et matcha culinaire ?

La récolte et la mouture, pas une échelle officielle : aucun organisme ne certifie ces mentions. Un matcha de cérémonie vient des premières feuilles du printemps, broyées à la meule de pierre, et se boit nature. Un culinaire vient de récoltes plus tardives, il est plus astringent et tient mieux face au sucre et au lait, ce qui est exactement ce qu'on veut dans une pâtisserie.

Pourquoi ne pas utiliser d'eau bouillante ?

Parce qu'elle extrait les catéchines trop vite et rend le bol amer. Entre 70 et 80 °C, la L-théanine et les sucres passent en premier. Sans thermomètre : portez à ébullition, puis laissez reposer deux à trois minutes.

Comment le conserver ?

À l'abri de l'air, de la lumière et de l'humidité, et au frais une fois ouvert. Le matcha s'oxyde vite : comptez un mois ou deux après ouverture avant que la couleur tourne et que le goût s'aplatisse. Sortez la boîte du réfrigérateur un moment avant de l'ouvrir, pour éviter que la condensation prenne la poudre en pâte.

Combien de caféine dans un matcha ?

Entre 30 et 70 mg pour un bol de 2 grammes, selon la qualité et la façon de le préparer. Un espresso en contient environ 60 à 80 mg.

Peut-on s'en passer d'un fouet en bambou ?

Oui, mais le résultat n'est pas le même. Un petit fouet électrique donne une mousse correcte, un shaker avec un peu d'eau froide fonctionne pour un latte glacé. Les brins du chasen sont assez fins pour casser les grumeaux sans battre l'air, ce qu'aucun des deux ne fait aussi bien.